Chapitre 2 – Le jour où j’ai été agressée

C’est la troisième fois que je reviens sous le chêne du parc en à peine une semaine. Quelque chose d’étrange est arrivé et j’aimerais comprendre.

Vous vous souvenez du moment où j’expliquais ma nuit avec Valentin ? J’avais ensuite trouvé refuge sous mon arbre et je m’étais endormie. Rien d’exceptionnel, en soi, j’ai l’habitude d’y faire une petite sieste et éventuellement d’y rêver. Mais jamais comme ça…

Jeudi matin dernier, j’étais en manque de sommeil après la nuit chez Valentin et j’ai dû m’endormir en seulement quelques secondes. Les yeux fermés, j’ai commencé à entendre des bruits de chocs et des cris, que mon cerveau a probablement attribués aux travaux de voierie proches ou à des enfants qui jouaient. Puis, soudainement, un coup de tonnerre plus puissant que les autres, accompagné d’un tremblement. La surprise m’a projeté en position assise, les yeux écarquillés.

Et là… Je ne reconnus rien. Le chêne était parti, le parc verduré remplacé par un terrain vague parsemé de cratères. Sans les murs du parc, je voyais les bâtiments de ma ville, mais légèrement différents. Les axes et routes étaient les mêmes, mais les quelques façades encore debout ne correspondaient pas à mon souvenir. Le bruit, surtout, était atroce : des échanges de tirs, des mines qui explosent, des personnes qui hurlent… Et cette intime conviction que je vivais réellement l’instant, que ce n’était pas un rêve.

Face à moi, une personne au visage zébré de peinture noire était assise en tailleur, comme si elle méditait. De longs cheveux blond clair, attachés en une queue de cheval faite à la hâte. Un débardeur et un pantalon large tachés de boue, comme les bottes qu’elle portait aux pieds. Un fusil mitrailleur barrait son dos. Elle ouvrit les yeux.

Et là, le choc. C’était moi.

Je vérifiai mes vêtements : non, j’étais toujours en jeans et chaussures à talons. La personne en face de moi était une sorte de clone, qui me regardait avec dédain.

« Mais c’est pas vrai ! J’ai la poisse ! »

Elle se leva et me prit par la main. « Viens ! ». Je la suivis sans discuter jusqu’à une sorte de tunnel creusé dans une colline. Un abri. Soudain, je poussai un cri : il y avait un cadavre à l’intérieur, un homme face contre terre baignant dans son sang. Mon double se saisit du fusil qu’il tenait encore à la main et le poussa dans mes bras.

« Tu sais t’en servir ? »

J’allai répondre non quand mes mains cassèrent le fusil et retirèrent les cartouches usagées encore chaudes. J’en récupérai de nouvelles sur le cadavre et les plaçai, comme si j’avais fait cela toute ma vie. Pour la première fois, Angèle version Rambo sourit.

« Bien. J’ai besoin que tu me couvres pour rejoindre l’autre côté de la ville. Suis-moi et tire sur tout ce qui bouge : on n’a aucun allié ici.

– Et moi, qui me couvre ? »

Elle pouffa.

« Tu es là parce que j’ai besoin de toi. Ne t’inquiète pas. Si tu prends une balle, tu te réveilleras simplement chez toi. »

Sa phrase me fit soudainement réaliser qu’il s’agissait d’un rêve. Pourtant, tout était si réel. Je n’eus pas le temps de m’appesantir sur la question, elle me tira brusquement par la main, à sa suite.

Elle avançait vite et je trébuchais, en talons, quelques mètres derrière elle. Un homme la mit en joue : j’épaulai instinctivement le fusil, visai et l’abattis. Mon sang se glaça et j’eus l’impression d’avoir du coton dans les oreilles, mais je continuai d’avancer. Un deuxième, un troisième. Nous étions sur le point d’atteindre les bâtiments quand deux soldats émergèrent en même temps d’un taillis et nous mirent en joue.

Je crois que la balle m’atteignit au ralenti. Je n’avançais plus, malgré les efforts de mon cerveau pour activer mes jambes. Et puis la douleur explosa dans ma poitrine, alors que je voyais mon double essuyer une balle à l’épaule et disparaître sans un regard dans ma direction. Le monde fut aspiré dans un grand trou noir et puis plus rien, un quart de seconde.

Je me suis réveillée sous mon chêne, roulée en boule avec les mains fermement plaquées sur ma poitrine. La douleur était partie, mais il restait une sorte de lancement sourd, comme une courbature.

Choquée, j’ai alors pris mon sac et suis partie.

J’ai trouvé une photo qui ressemblait assez à la situation…

Je suis revenue ensuite. Une première fois samedi, pour retrouver mon arbre après une journée fatigante de déambulations photographiques. Un peu inquiète, j’ai quand même tenté une nouvelle sieste. Bingo, retour chez mon double.

Quand je suis arrivée, elle s’est contentée de me lancer le fusil sans rien dire, le bras en écharpe. Un reste de la balle de jeudi ? La mission : trouver de quoi se ravitailler. J’ai tenu environ une heure avant de faire exploser une mine et de retourner sous mon chêne.

Dimanche, je suis revenue exprès pour tenter de renouveler l’expérience. Je ne rêvais pas de guerre quand j’étais chez moi, dans mon lit. Était-ce l’arbre qui m’inspirait ?

Chêne, couchée, dodo. Rambo version blonde était de nouveau face à moi, manifestement courroucée.

« Encore toi ? Tu ne fais que dormir ou quoi ? »

Je n’ai pas compris sa question, mais je l’ai suivie. Sauf qu’après deux minutes, je prenais une balle dans le dos et re-voyageais jusqu’à ma réalité en apercevant juste avant mon départ l’air exaspéré de mon double.

La douleur de ma pseudo-mort reste impressionnante de réalisme, mais une fois ce désagrément mis de côté, je trouve presque amusant ces petits jeux vidéo que me concocte mon cerveau. Alors je suis de retour encore aujourd’hui sous mon chêne préféré, en ayant pris soin de prendre un petit coussin pour être mieux installée.

L’écureuil est de retour, lui aussi, et me regarde me placer : il s’est habitué à ma présence au cours des jours précédents, mais ne semble toujours pas convaincu de mon inoffensivité. Il remonte dans les branches alors que je m’allonge.

Inspiration. Expiration. Calme. Dors. Inspiration. Expiration. J’ai bien dormi les nuits précédentes. Inspiration. Expiration. Mince, je ne vais pas réussir à m’endormir. Inspiration. Expiration. Le bruit des travaux voisins perce à travers mon casque. Ça m’agace. Inspiration. Expi…

« Hey ! T’as pas une clope ? »

Comme les fois précédentes, la surprise me propulse en position assise. Mais le chêne est toujours là. Je suis toujours dans mon parc. Face à moi, une femme accroupie me fixe tout en mettant de petites tapes dans mon casque.

« Debout là-dedans ! T’as pas une clope ? »

L’odeur atroce de son haleine, et plus globalement de son être entier, vient percuter mes narines. Je recule.

« Ça va, faut pas avoir peur. Je vais pas te mordre. »

Ah j’espère, vu la tête de tes chicots ! Elle a quoi ? Mon âge, je dirais. Mais j’ai du mal à estimer le chiffre exact car son visage semble ravagé par la vie. Seuls ses yeux, d’un bleu profond, paraissent propres comparés au reste de son être. Ses cheveux, qui ont dû être violets un jour, sont emmêlés dans des perles et des dreads réunies en un chignon pouilleux. Elle porte plusieurs couches de vêtements superposées, comme si elle était transie de froid, alors qu’il fait encore bon en ce mois d’octobre. Un petit sac à dos est posé à côté d’elle, il manque une bretelle.

Alors que je l’examine, elle tend soudainement la main vers mon sac. Dans un réflexe, je lui bloque le bras et regretterais presque mon geste. C’est atroce comme elle sent mauvais.

« Alors ? T’as une clope ou pas ?

– Déjà d’une : tu recules. Et tu ne touches pas à mon sac. Je vais regarder. »

Passé l’effet de surprise, elle ne fait pas particulièrement peur. Elle a surtout l’air d’être paumée. Une toxico, clairement. Elle se rassied pendant que je fouille mon sac. Je garde généralement un paquet de cigarettes pour les soirées, et je veux qu’elle me laisse tranquille. Je mets enfin la main sur le Précieux et lui tends : elle se jette sur mon don et se rassied en tailleur.

Sans aucune considération pour ma présence, elle découpe la cigarette et s’emploie à se rouler un joint. Ses manches la gênent, elle les retrousse. Je remarque un tatouage sur son avant-bras, au milieu de piqûres douteuses. C’est une mappemonde avec certains pays colorisés. Attends, il me dit quelque chose…

« Nastasia ?! »

C’est sûr que c’est elle. Elle n’a cependant pas l’air de se soucier que quelqu’un la reconnaisse, trop appliquée dans son roulage. J’attends qu’elle allume enfin son joint pour l’interroger.

« Tu ne me reconnais pas ? »

Elle fronce les sourcils, la concentration lui demandant visiblement un effort. Après quelque secondes, ses yeux se perdent de nouveau dans le vague : elle est passée à autre chose.

« C’est moi, Angèle. On était au collège ensemble, tu ne te souviens pas ? Je suis venue pour ta grande soirée de départ ! »

C’était la dernière fois que j’ai vu Nastasia. Au collège, nous faisions partie d’un trio de filles inséparables, avec Blandine, une autre amie. Au lycée, nos routes se sont séparées car nous n’étions pas dans les mêmes établissements, mais nous sommes restées amies à la vie, à la mort. Le bac en poche, Nastasia est partie en voyage un an en Australie et avait organisé une grande fête de départ avec une cinquantaine de personnes. Ensuite, il y a eu une carte postale. Puis plus rien, le silence radio.

Il ne restait absolument rien de la personne que j’avais connue. Elle avait les cheveux pourpres avant, longs, lisses et flamboyants. Elle était débordante de vie : le style de fille qui part à l’aventure sur un coup de tête, même si parfois elle s’empêtrait dans des situations que moi et Blandine jugions impossibles et facilement évitables. Mais elle nous impressionnait par son intelligence et sa ressource : c’était une inventrice hors-pair, qui trouvait une solution pour tout. Elle s’était fait son tatouage à l’avant-bras le soir de son départ, en encrant de couleur chaque pays qu’elle avait déjà visité. Elle avait juré de réussir un jour à les remplir tous.

Le temps et les marques de piqûres sur son bras ont estompé les couleurs. Mais à constater ce qu’il reste et d’après mes souvenirs, elle n’a pas l’air d’avoir ajouté d’autres pays à sa liste. L’Australie se distingue à peine plus des autres pays avec sa couleur jaune passée.

« Nastasia, il s’est passé quoi en Australie ? On n’a jamais eu de nouvelles, avec Blandine. On s’est inquiétées pour toi. Tu es rentrée depuis combien de temps ? »

L’évocation de l’Australie a allumé une étincelle dans ses yeux. Elle relève la tête.

« Je ne vais jamais réussir à y retourner. »

Je ne la presse pas. Je sens qu’elle veut formuler quelque chose.

« Je suis rentrée depuis quatre ans. Je suis désolée de ne pas avoir donné de nouvelles, mais tu ne te rends pas compte à quel point c’était génial. Les gens. Les paysages. La Nature à l’état brut. J’ai tellement adoré, je voulais vivre ça à fond. Alors c’est vrai que je n’ai pas vraiment tenu mes proches au courant pendant cette période, à part mes parents. »

Elle marque une pause. Je la vois se recroqueviller.

« Et puis j’ai dû rentrer. »

Elle tire longuement sur son joint.

« Le choc a été trop brutal. Je voyais tout le monde faire des grandes études ou faire des petits jobs. Alors j’ai voulu faire comme eux, moi aussi. J’avais travaillé, en Australie, et je me suis dit que je n’avais qu’à mettre ces expériences à profit…

– Tu as fait quoi, comme jobs ?

– Des jobs qui me plaisaient : j’ai commencé à Albany, où j’ai proposé de réparer ce qui n’allait pas dans l’auberge de jeunesse où je logeais. Le patron a apprécié mon travail, je suis donc devenue « homme à tout faire ». Electricité, plomberie, maçonnerie : il m’a laissé toucher à tout ! Ça me plaisait vraiment, d’autant que le patron a parlé de moi à des amis et j’avais donc plein de petites missions dans la ville. Après deux mois, j’avais largement assez d’argent pour m’acheter un van que j’ai fait peindre pour faire connaître mes services. Et j’ai continué le voyage comme ça, voyageant de ville en ville et proposant des réparations ou des améliorations à qui en avait besoin. Je m’arrêtais quand je voulais pour prendre quelques petites vacances avec des amis rencontrés sur la route. Quand je suis revenue ici, j’étais largement plus riche qu’au moment de mon départ. »

Elle met un doigt sale dans sa bouche et se ronge l’ongle.

« En rentrant, je me suis dit que je n’avais qu’à continuer sur cette lancée. J’ai proposé mon CV dans de très nombreux endroits. Ici, chez mes parents, dans d’autres villes. Je n’ai eu que des retours négatifs. Certains m’ont même traitée de menteuse. Un jour, j’ai eu un entretien dans une boite de recrutement. Il y avait un poste qui correspondait exactement à ce que j’avais fait en Australie. Le recruteur m’a expliqué que j’étais la seule candidate, mais sans diplôme adapté, il ne pouvait pas me prendre, car il ne pouvait pas certifier à son client que je savais faire toutes ces choses ! Il m’a conseillé de faire une formation. Tu imagines ? Passer minimum deux ans dans une école, juste pour un papier qui dira à un employeur que tu sais faire ce que tu sais déjà faire. On marche sur la tête ! »

Nastasia n’exagère pas. Elle s’y connaît sérieusement dans toutes ces disciplines. Déjà petite, elle s’amusait à tout démonter pour le remonter ensuite. Elle a participé à la construction de la maison de ses parents, où son père lui expliquait comment  mettre en place un réseau électrique, comment installer un chauffage, une baignoire, ou quoi d’autre encore. Je l’ai déjà dit : elle était très intelligente, et elle comprenait très vite.

Elle marmonne des jurons. Je continue mes questions pour la distraire.

« Qu’est-ce que tu as fait, du coup ?

– C’était hors de question de perdre mon temps à faire des études alors que je savais déjà mon art. J’ai pris un petit boulot de serveuse, mais les gens étaient tellement atroces. Tu vois, en Australie, si tu débarques dans un bar, les gens sont sincèrement curieux de te connaître ou contents de te voir. Quand j’ai fait serveuse, je n’entendais que des ricanements, des personnes qui se plaignaient de leur journée, du service, du bébé à côté, du prix de l’essence. Je terminais souvent en larmes à la fin de la journée, seulement parce que quelqu’un de mon âge se montrait totalement hautain avec moi, alors que tout ce qui nous différenciait était mon tablier. Tout était si… noir. Je ne vois pas comment le décrire autrement.

Un jour, un groupe d’étudiants est venu dans le bar où j’étais. Ils ont commencé à se moquer de ma condition de serveuse, de ma tenue, du bar lui-même. Je les ai servis, mais quand je suis retournée au comptoir, l’un d’eux a fait glisser sa planche de skate dans mes pieds et j’ai failli tomber. J’ai vu rouge et je l’ai giflé de toutes mes forces. On m’a virée. Je vivais chez mes parents alors. J’ai commencé à me renfermer sur moi-même, je restais à la maison sans bouger. J’ai fini par arriver au bout de mes économies australiennes si bien que mon père m’a ordonné de partir de la maison et de ne revenir que quand je me serais ressaisie. Je suis arrivée ici. Et heureusement j’ai rencontré Nahash. »

Un tout premier sourire est apparu sur son visage. J’hésite entre le qualifier de rêveur ou de drogué.

« Il m’a aidée. Il m’a trouvé un autre job de serveuse dans un bar plus cool. Il vivait dans la rue, il m’a appris à en apprécier certains aspects. Grâce à lui, j’ai appris à voyager même si je devais rester ici. »

Je n’avais plus trop de doutes sur la nature des piqûres sur son bras, mais elle vient de confirmer ma crainte. Elle n’en est pas qu’à des joints. Je n’arrive pas à empêcher les larmes de me monter aux yeux. Comment une personne comme elle peut devenir comme ça en seulement quatre ans ? Qu’on s’entende : Nastasia n’a jamais été une personne fragile, au contraire. C’est cela que je trouve terrifiant : qu’un roc comme elle soit aussi rapidement brisé. J’aurais juste aimé qu’elle reprenne contact avec moi, un jour, pour parler, pour que j’essaie de l’aider.

Mais en toute honnêteté, qu’est-ce que j’aurais pu faire ? J’aurais probablement fait comme tous ceux à qui elle a demandé de l’aide : je lui aurais dit d’être raisonnable et de choisir un autre rêve. Ou de perdre deux ans à faire une formation. Ou de continuer, continuer, parce qu’un jour elle finirait par y arriver, tout en sachant que c’était inenvisageable. Rayez les mentions inutiles. Pourtant elle ne me semble pas avoir un rêve démesuré : la maçonnerie, la plomberie, la peinture… Ce ne sont pas les boulots qui manquent ! Alors qu’est-ce que ça coûterait à un employeur de la laisser essayer, comme l’ont fait ceux en Australie, qui étaient finalement ravis ? C’est profondément stupide. Je n’arrive pas à trouver de sens à cette situation.

« – Et toi… Toi tu as réussi, non ? C’est un bel appareil photo que tu as. Il a dû te coûter cher, tu dois avoir plein d’argent, depuis le temps qu’on ne s’est pas vues. »

Non, pas vraiment. C’est juste que, pour être photographe, on a tendance à mettre tout l’argent qu’on a dans ses appareils et objectifs, quittes à manger des patates bouillies tout le mois. Mais je n’ai pas vraiment saisi ce qu’elle insinuait…

« – T’aurais pas 5€ pour me dépanner ? Nahash va bientôt me rejoindre et j’aimerais m’acheter un sandwich avant qu’on reparte. »

Je n’ai pas ces cinq euros. J’ai utilisé les dernières pièces de mon porte-monnaie pour m’acheter une bouteille d’eau.

« – Je n’ai pas de monnaie. Mais viens, on va passer dans une épicerie, je te paierai quelque chose avec ma carte. »

Elle me suit sans discuter. Sur le chemin, elle me retient par la manche devant un distributeur de billets.

« – Tu ne voudrais pas retirer de l’argent et me le filer plutôt ? Tu n’as pas besoin de m’accompagner jusqu’au magasin, je ne veux pas te déranger.

– Tu ne me déranges pas, je voulais aussi m’acheter un…

– Tu me prends pour une alcoolique, c’est ça ? »

Alors non, clairement, ce n’est pas le premier qualificatif qui me vient, là. Son ton a changé. Je vois ses narines se gonfler rapidement, ses pupilles se rétrécir. Sa prise se raffermit sur mon bras.

« Allez, Angèle, s’il te plaît. Pour quand on était gamines… »

Sa voix doucereuse ne me dit rien qui vaille. Des passants nous entourent, mais elle ne semble même pas en avoir conscience.

« Nastasia, lâche mon bras. Tu me fais mal.

– Donne-moi ton argent ! »

Je panique.

« – Lâche-moi, maintenant ! Je ne te donnerai pas d’argent. »

Dans une tentative désespérée, j’ai parlé d’une voix très forte pour qu’un passant me vienne en aide. Elle est clairement en manque et je n’ai pas envie de me battre avec quelqu’un qui n’aurait rien à perdre. Un quadragénaire passe, les yeux rivés sur son smartphone. Il est trop concentré sur son écran pour être naturel. Quatre jeunes filles en groupe semblent soudainement absorbées par le paysage alentour. Un couple avec poussette trouve utile de régler la capote sans pour autant ralentir le pas. Ils ont tous entendu, mais n’interviendront pas.

Tout se passe très vite. Nastasia tend la main vers mon sac à main, que je retiens de toutes mes forces, tout en tentant de protéger ma sacoche d’appareil photo. Son poing fuse, j’ai juste le temps de baisser un peu la tête pour protéger mon nez. Coup sur la tempe. Carillons dans mon crâne. Je vois des étoiles et tombe au sol.

8 commentaires sur “Chapitre 2 – Le jour où j’ai été agressée

  1. Vraiment BRAVOOOOO. C’est très très bien écrit, tu as réussi à m’emmener dans l’histoire avec brio. J’ai hâte de lire la suite. Je suis époustouflée par autant de talent !!!! C’est vraiment magnifique et tu as raison de mettre tout en oeuvre pour accomplir ce qui apparaît être réellement ton Destin d’auteure. Surtout continue et Merciiii

  2. Tu m’as emmené dans ton univers, et le début du chapitre ne laissait rien présager de la fin. Et cette manière de construire la relation, de ravinter l’histoire de Nastasia, pour ensuite… Bravo. Hâte de voir où tout ça va mener.

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